Pourquoi vos DPE sont introuvables : les pièges des adresses, et comment une IA les corrige sans jamais inventer
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Vous avez extrait votre patrimoine, interrogé la base des DPE de l'ADEME, et le constat tombe : des centaines, parfois des milliers de logements ressortent « sans DPE ». Avant de conclure à un trou dans les diagnostics, posez-vous une autre question : et si le DPE existait, mais à une adresse que votre système ne reconnaissait pas ?
C'est, de très loin, le cas le plus fréquent. La base des DPE de logements existants publiée par l'ADEME compte plus de 15 millions d'enregistrements établis depuis juillet 2021, en accès libre sous Licence Ouverte. Mais ces données sont, selon les termes mêmes de l'ADEME, « brutes saisies par les diagnostiqueurs ». Et la mission Etalab, qui a travaillé sur cette base pour data.gouv.fr, est explicite : « des erreurs de saisie sont fréquentes, notamment sur les champs correspondants à l'adresse du logement ou du bâtiment concerné par le DPE ».
Autrement dit : le problème n'est presque jamais l'absence du diagnostic. C'est l'adresse qui le cache.
Le catalogue des pièges, vécus sur des parcs réels
Ce qui suit n'est pas théorique. Ces cas ont tous été rencontrés — et comptés — lors du rattachement du parc d'un bailleur social de 12 500 logements à la base ADEME.
La saisie manuelle du diagnostiqueur
Le diagnostiqueur tape l'adresse dans son logiciel, sur le terrain, souvent en fin d'intervention. Il abrège : « av. » pour avenue, « bd » pour boulevard, « rés. » pour résidence, « Mal » pour Maréchal. Il orthographie à l'oreille : « rue des Frères Lumières » avec un s de trop, « allée Georges Brassens » sans trait d'union. Chaque graphie est compréhensible pour un humain ; aucune n'est identique à celle de votre référentiel. Une comparaison caractère par caractère échoue, et le DPE devient invisible.
Exemple typique : votre logement est enregistré au « 12 avenue du Maréchal-Leclerc ». Le DPE, lui, a été déposé au « 12 av. Mal Leclerc ». Même porte, même logement, même diagnostic — et zéro correspondance exacte.
Le nom de résidence sans numéro
Dans le logement social, l'usage du nom de résidence est massif : « Résidence Les Tilleuls, bâtiment C ». Certains diagnostiqueurs saisissent ce libellé d'usage, sans numéro de voie ni nom de rue officiel. Or votre référentiel patrimonial, lui, connaît le « 4 rue des Acacias ». Les deux désignent le même immeuble ; aucun champ ne coïncide.
Les libellés hérités de vos propres outils
Le piège n'est pas toujours du côté du diagnostiqueur. Un parc de plusieurs milliers de logements a souvent traversé deux ou trois logiciels de gestion successifs, chacun avec ses conventions : majuscules, abréviations maison, complément d'adresse fusionné dans le libellé de voie (« RUE DES ACACIAS BAT C ESC 2 »). Votre propre adresse n'est alors pas plus canonique que celle du diagnostiqueur — et deux adresses non canoniques ont très peu de chances de se rencontrer.
Le mauvais numéro de la même rue
C'est le piège le plus contre-intuitif, et il est massif. Le diagnostiqueur intervient dans une rue où le bailleur possède plusieurs entrées ; il dépose le DPE au 3 alors que le logement est au 7. La rue est bonne, le code postal est bon, le logement décrit est le bon — seul le numéro est faux.
Un moteur d'appariement qui exige le bon numéro de voie passe donc mécaniquement à côté d'une part considérable des diagnostics existants.
Le DPE déposé au bâtiment, pas au logement
Dernier cas de figure : dans certains immeubles collectifs, le diagnostic a été établi et déposé à la maille du bâtiment, sans mention de l'appartement, de l'étage ou de la porte. L'adresse correspond, mais rien ne dit d'emblée quel logement de la cage d'escalier est concerné. Il faut alors descendre dans le contenu du DPE — surface habitable, étage, type de bien, année de construction — pour trancher.
Première réponse : la normalisation par la BAN
La bonne nouvelle, c'est que l'État a construit l'outil qui règle une grande partie du problème : la Base Adresse Nationale (BAN), base de référence officielle des adresses en France, qui recense environ 25 millions d'adresses, alimentée par les communes et mise à jour quotidiennement.
- Un libellé canonique. Chaque adresse a une écriture de référence unique. « 12 av. Mal Leclerc », « 12 AVENUE MARECHAL LECLERC » et « 12 avenue du Maréchal-Leclerc » convergent vers la même adresse normalisée, avec un identifiant stable.
- Un géocodage libre d'accès. Le service de géocodage adossé à la BAN transforme une adresse en coordonnées et, surtout, en libellé corrigé, à l'unité comme en masse, avec un score de confiance sur chaque résultat.
Ce travail a d'ailleurs été appliqué à la base DPE elle-même : Etalab a géocodé les diagnostics avec le géocodeur Addok appuyé sur la BAN, et les données ADEME sont enrichies d'une adresse « corrigée » issue de la BAN. En normalisant votre patrimoine par la BAN d'un côté, et en s'appuyant sur l'adresse BAN des DPE de l'autre, on compare enfin des libellés écrits dans la même langue. À elle seule, cette étape résorbe la majorité des pièges d'abréviations, de graphies et de libellés hérités.
Reste le mauvais numéro — que la normalisation, par construction, ne corrige pas : le « 3 rue des Acacias » est une adresse BAN parfaitement valide, simplement ce n'est pas la bonne. D'où un repli d'appariement délibérément plus large : même code postal, même voie, numéro ignoré. On ne décide rien à ce stade ; on élargit seulement le vivier de candidats pour ne pas laisser un DPE réel hors de portée. C'est ce repli qui permet de récupérer les 42 % de diagnostics cachés dans la même rue.
Mais élargir le filet crée un nouveau risque : remonter de mauvais candidats. Un DPE du 3 n'est pas forcément celui du 7. Il faut donc un second étage à la fusée.
Deuxième réponse : une IA dont le métier est de dire non
C'est ici que l'IA intervient — et il faut être précis sur son rôle, parce que c'est là que se joue la confiance dans la donnée.
L'IA ne « trouve » pas de DPE. Elle arbitre : pour chaque candidat remonté par la normalisation et le repli, elle compare le contenu du diagnostic aux caractéristiques du logement dans votre référentiel — surface habitable, étage, année de construction, type de bien, nombre de niveaux. Elle rend un verdict motivé, rédigé, traçable : pourquoi ce DPE correspond à ce logement, ou pourquoi le doute subsiste.
Et surtout, elle obéit à un contrat strict, sans lequel tout l'édifice s'effondre :
- Dans le doute, elle refuse. Un DPE de 62 m² pour un logement de 78 m² au fichier, un rez-de-chaussée pour un troisième étage : verdict négatif, motivé. Le logement reste « sans DPE » plutôt que faussement rattaché. Une adresse non pourvue est un problème visible ; un mauvais rattachement est un poison invisible.
- Elle n'invente jamais un rattachement. Elle ne peut se prononcer que sur des candidats réels de la base ADEME, jamais en produire.
- Zéro-doublon, contrôle bloquant. Un même DPE ne peut jamais être attribué à deux logements. Ce n'est pas une consigne : c'est une contrainte technique qui bloque l'écriture.
- Aucun remplacement automatique. Quand l'IA estime qu'un DPE plus pertinent devrait remplacer un rattachement existant, elle formule une proposition ; c'est un humain qui tranche, et sa décision est tracée (qui, quand, sur quel motif, ancien DPE archivé).
Sur un passage de traitement réel — les 12 521 logements du bailleur évoqué plus haut —, l'IA a arbitré 4 416 cas douteux, chacun avec son verdict et sa justification. Le chiffre mérite qu'on s'y arrête : plus d'un tiers des situations n'étaient tranchables ni par l'adresse exacte, ni par une règle simple. Sans arbitrage, ces cas finissent soit ignorés (couverture sous-estimée), soit rattachés en bloc (données polluées). Ni l'un ni l'autre n'est acceptable quand ces étiquettes conditionnent vos obligations — le calendrier des interdictions de location ne laisse guère de marge d'approximation.
Ce qu'il faut retenir
Un logement « sans DPE » est d'abord une hypothèse à vérifier, pas une conclusion. Les diagnostics existent, déposés à une adresse abrégée, mal orthographiée, sans numéro, au mauvais numéro, ou à la maille de l'immeuble. La réponse tient en deux disciplines complémentaires : la normalisation par la BAN, qui fait parler toutes les adresses la même langue et autorise un repli maîtrisé à la voie ; puis l'arbitrage par une IA contrainte, qui justifie chaque rattachement et refuse tout ce qu'elle ne peut pas prouver. La méthode complète, de la préparation du fichier patrimoine aux contrôles finaux, est détaillée dans notre article de référence.
Une IA utile, sur ce terrain, n'est pas celle qui rattache le plus : c'est celle qui sait dire non, et qui laisse la décision finale — chaque remplacement, chaque cas limite — à un humain dont le choix est tracé.
Voir la méthode sur votre parc
Vous soupçonnez que vos « sans DPE » n'en sont pas ? Envoyez-nous un extrait de votre patrimoine à contact@techflowai.fr : vous verrez, adresse par adresse, ce que la normalisation retrouve, ce que l'IA valide, et ce qu'elle refuse — avec ses motifs.
Sources
- 1.data.gouv.fr — billet officiel data.gouv.fr (Etalab) : erreurs de saisie fréquentes sur les champs d'adresse ; géocodage de la base via Addok/BAN et adresse « corrigée » issue de la BAN.
- 2.data.ademe.fr — jeu de données ADEME « DPE logements existants » : plus de 15 millions d'enregistrements bruts saisis par les diagnostiqueurs, Licence Ouverte, mise à jour hebdomadaire.
- 3.adresse.data.gouv.fr — la Base Adresse Nationale : base officielle de référence, environ 25 millions d'adresses, alimentée par les communes, mise à jour quotidienne.
- 4.adresse.data.gouv.fr — service de géocodage adossé à la BAN : géocodage direct et inverse, à l'unité ou en masse, accès libre.